RETRANSCRIPTION ECRITE DE L’INTERVIEW DE SINSEMILIA
INTERVIEW REALISEE PAR THIERRY BAUMANN
0/ Bonjour Mike, bonjour Riké.
Salut.
1/ « Debout les yeux ouverts » est un grand succès, qu’il a peut être fallu digérer.
Qu’est-ce que qui a sonné le rassemblement pour Sinsemilia ?
Après « Debout les yeux ouverts », il y a eu une longue tournée, deux ans, plus de 120
concerts. On était quelques uns à vouloir se poser après cette grande tournée, à ne
pas vouloir enchainer tout de suite. D’autres ont enchainé tout de suite. Riké sort son
album solo. Il a repris la route directement. On s’était donné une petite année sans
concert, pour se poser. On s’est dit « On se voit dans un an ». Musicalement, parce
qu’on sinon on se voit tous les jours. On n’avait pas besoin que quelque chose sonne le
retour. On s’est retrouvé comme prévu dans le local, un an après, en espérant que
cette année ferait renaitre une vraie envie. Un an de pause c’est bien, mais qu’est-ce
qu’on a envie d’abréger la pause ! On s’est retrouvé au local à l’ancienne, pour faire de
nouveaux morceaux, un nouvel album. C’est reparti.
2/ C’est l’actualité qui a conduit un peu l’orientation et l’écriture des textes ?
Ça a toujours était un peu le cas. Elle ne conduit pas l’écriture mais je m’inspire de
choses qu’on vit, qu’on voit. Je ne fais pas de grandes théories, je m’inspire du
quotidien. Il a suffisamment de choses fortes aujourd’hui dans l’actualité pour que les
citoyens que nous sommes ne passent pas à côté. On est obligé de se sentir
concernés. Après, ce n’est pas un album qui ne parle que de l’actualité. Ça serait
lassant je pense. Mais évidemment que ça nous inspire.
3/ Il y a dans cet album comme une façon de renforcer l’état d’esprit dans lequel
vous faites les choses. Il y a un titre en particulier dans lequel vous dites « On fait
comme on le sent ».
C’est un trait important de cet album. On fait de la musique depuis 20 ans. On en est
à notre cinquième ou sixième album. Le seul moteur que je veux bien écouter c’est le
plaisir. C’est le seul moteur qui doit avoir sa place dans notre aventure aujourd’hui. On
fait les choses comme on l’entend, comme elles nous plaisent. On a réglé tous nos
problèmes d’égo et tous nos problèmes de confiance. On n’a jamais eu de problème
d’égo entre nous mais c’est par rapport à l’extérieur. On n’a rien à prouver à un
quelconque public, ni aux médias. On ne ressent pas ce besoin de prouver et on n’a
pas de barrière à se mettre. On fait les choses par plaisir, naturellement. C’est le
moteur de cet album. On a apaisé beaucoup de choses et ça permet de poser les
choses différemment.
4/ Quelles sont les grandes nouveautés dans le fonctionnement ou les thèmes
abordés dans cet album?
Un truc nous a beaucoup apporté. On a travaillé avec un réalisateur qui s’appelle
Laurent Guéneau. C’est la première fois qu’on travaille autant en osmose avec un
réalisateur. Il a tout compris à ce qu’on voulait. Il ne vient pas de nulle part, il a déjà
réalisé l’album de Riké. On était content de cette réalisation là. C’est bien d’avoir
quelqu’un d’extérieur mais qui rentre complètement dans notre univers. On commence
à bien le connaître.
Il n’est pas dans Sinsemilia mais il est à l’intérieur dans sa manière de travailler.
Dans le studio, c’est la première personne à qui on peut entièrement faire confiance.
On le connait depuis 3 ans, c’est devenu un ami. Il a beaucoup amené à la réalisation.
Ça donne une construction de l’album différente. C’est l’album dont j’apprécie le plus le
mix. Il correspond à ce qu’on souhaitait sur le moment. Et il nous a apporté beaucoup
de choses dans la réalisation.
Enfin faire confiance à quelqu’un d’extérieur pour le sixième album ! Avant il n’y avait
que nous. Ça fait du bien. Vu qu’il est de l’extérieur mais qu’il s’est vraiment mis
dedans, on peut lui faire toutes les critiques que l’on veut et il les écoute. Et il amène
son truc de l’extérieur.
C’est la première fois que quelqu’un d’extérieur nous apporte quelque chose, qu’on
laisse une place à quelqu’un d’extérieur.
5/ C’est vrai que vos liens sont très forts. Ça fait longtemps que tout le monde se
connait. On sent qu’il y a une bulle Sinsemilia, et n’entre pas qui veut.
Il y a une bulle mais on n’est pas des sauvages. Je connais Riké depuis le CM2. On se
connait tous par coeur. Donc c’est difficile pour quelqu’un qui arrive de l’extérieur de se
faire une place. De la même façon, on est toujours resté à Grenoble. On n’est pas
parti faire notre vie à Paris, on ne va pas dans les soirées... C’est ce qui fait que ce
groupe existe depuis 20 ans. On s’est préservé de tout ça. Certes on fait de la
musique mais dans la journée on a les mêmes amis qu’avant. N’entre pas qui veut
parce qu’il faut encore réussir à entrer. Laurent Guéneau a fait l’unanimité en trois
jours. On est bien dans notre bulle.
Et en même temps, on est onze. C’est pour ça que c’est compliqué. On n’est pas un
groupe de trois personnes, ou deux chanteurs. C’est une équipe. Quand tu entres
dedans, tu fais face à onze personnes, toutes différentes les unes des autres. Ce
n’est pas évident mais la porte n’est pas fermée. On n’est pas des sauvages.
6/ Après toutes ces années, est-ce qu’il y a encore des moments où vous arrivez à
vous surprendre musicalement ?
Moi j’ai été surpris sur cet album. Et c’est la première fois depuis « Résistances »
qu’on se surprend. Il y a eu « Première récolte ». Puis, l’identité de Sinsemilia au
moment de « Résistances » était étonnante. Je trouve que depuis, ce qu’on fait n’est
pas très surprenant. J’aime beaucoup ce qu’on fait mais ce n’est pas surprenant. Sur
ce nouvel album, il y a des choses surprenantes. Sur certains morceaux, Laurent
Guéneau, Natty ou Carine, m’ont poussé à prendre une voix très grave, ce que je
n’avais jamais fait. Ça a surpris à l’écoute. Dans nos choix d’arrangements, on a opté
pour des choses très reggae. On nous a souvent dit qu’on n’assumait pas des choix
très reggae. J’ai vu pas mal de gens qui nous connaissent bien et qui ont été surpris,
« Ouah, ça c’est très reggae » ! Pour moi, c’est la première fois depuis longtemps
qu’on s’est surpris nous même.
7/ En même temps dans l’écriture, il y a un vrai retour sur soi même. Il y a la
retraite du Silence, on prend un peu de recul et après on affronte la réalité ?
Oui. Le morceau dont tu parles « Le Silence » et un morceau assez personnel à la
base. Dans le texte, je m’éloigne des gens. C’est une notion qu’on peut tous
comprendre dans ce groupe. Mais même si je me suis un peu éloigné des gens à un
moment, je ne suis pas allé sur la lune. C’est une retraite momentanée. C’est se
nourrir du silence pour pouvoir de nouveau affronter la réalité de ce qui se passe
autour de nous…
8/ Il y a un côté un peu désabusé dans les paroles, dans le sens où l’idéal n’existe
pas.
C’est un peu trop triste « désabusé ». C’est un trait de caractère qui s’est déjà exprimé
au fil des albums. Oui, l’idéal n’existe pas, je ne vais pas chanter l’inverse. Mais ça ne
veut pas dire que tout est pourri. On fait ce qu’on veut avec ce qu’on a. C’est déjà
bien.
9/ Est-ce que ce n’est pas le titre le plus relié au titre même de l’album ?
Je pense qu’il y a beaucoup de morceaux reliés au titre de l’album, « En quête de
sens ». « Feu de vie » marche, « Réapprendre à se voir » marche, « Le silence »
marche. Beaucoup de morceaux sont liés à ça. Quand on cherche un titre, on arrive
avec plein de propositions et on en parle entre nous. Il y avait une quinzaine de
propositions de titres, on ne décide qu’une fois l’album terminé. Il y a toujours plein de
propositions et chacun vote pour deux ou trois titres. Tout le monde a voté, entre
autres, pour « En quête de sens ».
C’est revenu à chaque fois.
On arrive à un âge où on se pose des questions sur le sens de la vie, sur ce qu’on voit
autour de nous. Je pense que c’est un titre d’album qui correspond à notre état
d’esprit, à l’état d’esprit de la société. On peut se demander quel est le sens de la
société dans laquelle on vit, le sens de beaucoup d’actes que l’on voit. Chaque
morceau de l’album à un lien avec la quête du sens.
10/ Il y a comme une progression dans le choix des titres. Ça commence très fort
avec « J’ai honte ». Il y a une espèce de cri d’urgence ?
Je ne dirais pas que c’est un cri d’urgence. On aurait pu faire 25 morceaux sur des
faits de société actuels. On n’est pas là pour ça, on ne va pas faire des dissertations.
On a regroupé tout ça dans un titre. Voilà la France telle que je la vois aujourd’hui.
J’aime ce pays, j’y suis né. Mais quand on voit ce qu’il devient… Le sentiment premier
est la honte et la colère. Je pense que c’est ce qu’on entend dans ce titre là. Tu ne
m’entendras pas dire que je n’aime pas ce pays. C’est un pays qui a fait de belles
choses, qui est capable de belles choses, il y a beaucoup de gens biens dans ce pays.
Mais quand je regarde comment il est dirigé et ce qu’il devient… j’ai honte. J’ai honte
d’être associé à une certaine politique, à un état policier. Aujourd’hui, il n’y a pas de
quoi être fier quand on est Français à l’étranger.
11/ Il y a une chanson sur le militantisme. « Je ne suis pas militant, Je ne suis pas
légitime ». Pourtant, Sinsemilia est un groupe engagé !
On fait des chansons engagées, on va voter. Après, c’est bien d’ouvrir sa gueule mais
comme on le dit sur scène, une chanson ne va pas sauver grand-chose.
C’est assez limite. Les actes font le changement. On a souvent eu cette étiquette de
groupe militant et engagé. Ça me gêne par rapport aux vrais militants. Le mec qui
tous les soirs va donner de la soupe aux mecs qui ne mangent pas. Lui se demande
qui sont ces guignols sur scène. Groupe militant… je n’ai jamais demandé cette
étiquette. On dit des choses mais on ce n’est pas ça le militantisme. On gagne notre
vie avec nos chansons. On ne prend pas de risques. Il y a des mecs qui se font casser
la gueule par des CRS. Moi je n’y suis pas ce jour là. Je me fais applaudir à la fin de
mon concert. On peut dire des choses dans une chanson. Certains nous disent que ça
leur donne de la force, de la réflexion, de l’énergie. Très bien. Je ne dis pas que ça ne
sert à rien. Mais être militant, c’est des actes, du concret. On n’est pas légitime avec
cette étiquette.
12/Il y a des mises au point dans cet album. On dirait que le discours est de plus
en plus précis. Il y avait comme un flux tendu pendant quelques années et là c’est
de plus en plus précis.
Malheureusement, on n’a plus 20 ans.
On est devenu adulte. Il y a une progression dans ce qu’on veut dire et dans la
manière de le dire.
Je me suis fait avoir en n’étant pas assez précis. Il y a 15 ans, je faisais un morceau
sur l’herbe et disant qu’il y a un décalage entre le nombre de consommateur et la loi.
Tout le monde m’a dit que je faisais un morceau pour dire qu’il faut fumer. Non ! Je
me suis fait avoir dans le passé en n’étant pas assez précis. Mais je ne me ferais plus
avoir. Si on a la prétention de vouloir exprimer des choses, on ne doit pas se cacher
derrière de grands slogans. On a envie d’être compris pour ce qu’on est. C’est pareil
pour l’étiquette du militant. Je n’ai jamais demandé cette étiquette. On nous la colle
mais je n’en veux pas. C’est pareil pour le reggae. On nous dit qu’on se pose en tant
que représentant du reggae français. On n’a jamais dit ça. On a envie d’être précis. On
veut bien ne pas être aimé pour ce qu’on est, mais on ne veut pas ne pas être aimés
pour ce qu’on n’est pas et ce qu’on ne dit pas. Ça nécessite d’être précis dans ce
qu’on exprime dans le texte.
A notre niveau, on dit ce qu’on pense. Il n’est pas là pour écrire ce qu’ils veulent
entendre. C’est déjà ça.
13/ Sur cet album, il y a des chansons qui se répondent à 16 ans d’intervalle.
Oui, avec« Little Child ». Il y a un an, on est retourné ensemble en Afrique. Ça faisait
15 ans. D’autres y étaient retournés dans le groupe. Chid travaille souvent dans le
studio de Tiken Jah au Mali. On s’est fait un voyage tous les deux l’an dernier. On est
allé aux mêmes endroits, au Sénégal. Ça nous a donné envie de faire la suite de
« Little Child », un morceau de « Première récolte ». Ça parle d’un enfant de cinq ans.
On écrit la suite 15 ans plus tard on se demandant ce qu’on devenu cet enfant. C’est
un clin d’oeil agréable. C’est un bon souvenir
14/ On se pose aussi la question « Que sommes-nous devenus ? ».
On ne s’est pas posé cette question sur ce morceau. On se la pose dans notre tête,
et dans d’autres morceaux. Mais si on n’avait pas été au Sénégal, il n’y aurait pas eu
« Little Child 2 ». La suite écrite au même endroit quinze ans plus tard, c’est classe.
C’est venu là bas. Quand il a commencé à m’en parler, j’ai trouvé ça classe. Je suis
content que le morceau soit là. C’est la suite de « Première récolte ».
15/ Quand vous voyez votre parcours, la reconnaissance que vous avez eue grâce
à la scène a construit l’histoire de Sinsemilia. Est-ce que vous avez l’impression que
ça serait possible aujourd’hui ?
Si tout démarrait aujourd’hui, je ne pense pas.
Ça a beaucoup changé. Pendant que Riké était en tournée, je faisais de la production
avec mon label. C’est vraiment une autre époque. Aujourd’hui pour un groupe comme
on l’était, de Grenoble, qui fait du reggae alors que ce n’est pas du tout la mode,
mauvais musiciens et dix sur scène… Je ne vois pas comment on le développe
aujourd’hui comme on l’a fait nous. Avec le téléchargement, l’abondance de disques…
Quand on a autoproduit « Première récolte », c’était un évènement dans le milieu
reggae français. On était très peu. Aujourd’hui je reçois cinq albums de groupes de
reggae français par mois. C’est une autre époque. Elle est loin d’être facile. Je ne
pense pas qu’on puisse reproduire le schéma tel qu’on l’a fait, par la scène et les
tournées.
16/ Tout ça va un peu dans le même sens. Il y a une mélancolie et un gros point
d’interrogation concernant le dernier titre de l’album, « Le dernier concert ».
Non, il n’y a pas de sous-entendu. Tous les gens qui ont écouté l’album nous ont
demandé si c’était la fin, si on se séparait. Non. Le morceau dit « quand s’éteindront
les lumières ». Parce qu’un jour, Sinsemilia s’arrêtera. Soit parce que la vie en aura
décidé ainsi, qu’il arrivera quelque chose de regrettable. Soit parce qu’on en ressentira
le besoin. C’est le seul truc dont on est sûr. Un jour, Sinsemilia s’arrêtera. Ce n’est
pas l’heure.
On a le droit de se poser la question de ce qui va arriver pour chacun quand les
lumières d’éteindront.
Mais ce n’est pas pour demain. Quand je commence à écrire cette chanson, on est
dans le bus en tournée. Il n’y a aucune raison que ça s’arrête. Je regarde cette
ambiance qu’on adore. Une fin de concert alors que le bus roule, on est content du
concert, on est dans le petit salon du bus avec les gens qu’on aime. Je regarde ça
avec un mètre de recul et je me dis qu’un jour ça va s’arrêter. Qu’est-ce qu’on gardera
alors ? Je l’ai écrite très rapidement. Ce sont des pensées dont on parle très peu
mais qu’on a tous. C’est une énorme part de nos vies depuis 20 ans. Un jour ça va
s’arrêter. Ça sera très spécial pour tout le monde. Mais ce n’est pas d’actualité, il n’y
a pas de sens caché.
Je pense que c’est bien d’être conscient que ça va s’arrêter. Je ne sais pas chez les
autres comment ça fonctionne mais la première fois que je l’ai chantée, j’ai pleuré.
On a souvent pleuré sur ce morceau.
Ce texte m’apprend à profiter de tous les moments. Toutes les images qu’il raconte,
ça va s’arrêter un jour.
17/ En même temps, la recette n’est-elle pas dans un autre titre de l’album
« Prendre le temps ». Est-ce ce qui a construit Sinsemilia ?
La première personne pour qui j’ai écrit ce morceau c’est moi. On dirait le mec qui
donne des conseils mais c’est pour me rappeler de prendre le temps de vivre. Avec
Sinsemilia, c’est une course qu’on adore mais une course qui dure depuis 20 ans. On
vient de terminer l’album. On a deux mois pour préparer la tournée. On bosse la
tournée comme un fou. Après on est dans un bus. On va essayer de prendre plus le
temps par la suite. Comme Riké vient de le dire, prenez au moins le temps d’apprécier
les choses à leur juste valeur. Il y a cette notion là. Prenons le temps d’avoir
conscience de la chance qu’on a.
18/ Est-ce que vous êtes capable aujourd’hui d’analyser le plaisir que vous prenez
ensemble et pourquoi ? A quoi tient ce grand plaisir d’être ensemble ?
On est trop émotif… On est des fragiles.
Il y avait beaucoup d’amitié avant le groupe. On avait 15 ans. 20 ans plus tard, ça a
dépassé l’amitié.
19/ Qu’est-ce qui a fait que les choses se sont passées de cette façon
musicalement ? Qu’est-ce qui a donné le ciment musical ?
L’amitié. A la base on est de mauvais musiciens. J’espère qu’on l’est un peu moins
aujourd’hui. Dans nos premiers concerts, on ne sait pas jouer mais on le fait quand
même. Les gens sentent qu’il y a un truc vrai sur scène, une vraie envie de faire les
choses ensembles.
De la sincérité.
Musicalement ça a pris. On n’est pas bon mais on a tellement de plaisir à faire les
choses ensemble qu’on va répéter et répéter encore. Cette sincérité, les gens la voit
sur scène. Le ciment vient des liens forts qui unissent ces gens tout au long de ces
années. Il y a des hauts et des bas, des engueulades… Mais les liens sont plus forts
que tout ça. Ça dépasse la musique mais ça a formé notre musique. Quand on a des
liens comme ça, on ne peut pas faire les choses à moitié, ou en n’y mettant pas tout
son coeur. Ça se ressent dans la musique, on fait les choses le mieux possible.
C’est onze personnes qui se connaissent par coeur. Il y a des hauts et des bas mais
on donne tout. Ça vient du bide, du coeur. On ne lâche rien et on est sincère entre
nous. C’est authentique. Sinsemilia est une pure histoire humaine, avant même la
musique.
20/ En même temps, l’authenticité est un peu un combat quotidien pour essayer
de lutter contre la pression extérieure, ce qu’on peut dire de vous. Vous avez cette
sensation ?
Non, j’ai plus de mal à comprendre les gens qui changent à ce point là. Nous, on a
changé en tant qu’êtres humains, c’est normal au fil des années. Mais ce n’est pas lié
à la musique, à un éventuel succès. Je ne te dis pas qu’en 1998, quand ça n’a pas
marché pendant un an, je n’avais pas le melon. Mais un melon relatif. Quand ça
commence à bien marcher pour toi, si tu n’es pas trop con, tu redescends, tu
relativises. On avait la chance d’être à Grenoble. Tu ne vas pas faire le fier devant un
ami qui fait un boulot dur pour ramener un salaire rock&roll. Au bout de trois fois où
tu te la joues, tu te dis que tu es ridicule. Ce n’est pas un combat. On est des gens
normaux. On n’a pas plus de mérite à faire de la musique que le mec qui bosse à
l’usine. On a plus de chance, ça c’est sûr. Mais on n’a pas plus de mérite qu’un autre.
On a un magnifique métier mais ça ne fait pas de nous des gens mieux que le mec d’à
côté qui va bosser.
21/ On peut comprendre par le titre de l’album qu’il va très vite amener d’autres
histoires ?
On ne sait pas où la quête t’emmène.
Oui. Et j’ai tendance à mettre des points de suspension partout quand j’écris. Je
n’aime pas le point final, le point en fin d’une phrase. La pochette conduit sur la route
de la quête du sens. On n’a pas les réponses.
Et si tu savais tout, tu te ferais chier au bout d’un moment.
On ne détient pas la vérité, il n’y a pas de prophètes chez nous. On cherche aussi.
22/ Pour 2009, on va vous souhaiter « tout le bonheur du monde », c’est le
minimum. Mais quoi d’autre ?
Que nos chemins évitent les bombes.
Juste la santé. Pour le reste, on se démerdera. On a déjà beaucoup de chance, une
très belle tournée, avec beaucoup de dates. On souhaite juste la santé pour nous et
nos proches.
23/ Merci à vous.
Merci.