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Ridan
Ridan
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Biographie
Interview
Biographie de Ridan
Cet artiste dispose de 4 albums sur Starzik. Pour un total de 68 titres.
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RETRANSCRIPTION ECRITE DE L’INTERVIEW DE RIDAN
INTERVIEW REALISEE PAR THIERRY BAUMANN
0/ Bonjour Ridan.
Bonjour.
1/ Si je comprends bien, c’est comme une trilogie. C’est la fin du troisième
chapitre ?
Un peu. Entre le premier, le deuxième et le troisième album, il y a la continuité d’une
sorte de psychanalyse. Le premier album a posé les fondations d’une idéologie entre le
rêve et la vie. C’est très juvénile comme analyse mais je pense qu’on est tous plongé
entre les difficultés de la vie et la profondeur de l’imaginaire, du rêve. Le deuxième
album « L’ange de mon démon » est une prise de conscience plus personnelle, plus
introvertie. Le troisième album est la compréhension de soi et l’acceptation.
2/ Tu fais beaucoup référence à l’enfance. Il y a des mots qui ne trompent pas :
lutin, contes de fées. Mais tout ça est ancré dans la réalité.
Je pense que l’enfance est l’essence de tout un chacun. Quand on grandit, on prend
de la bouteille au sens figuré, on essaie de trouver sa place dans une société.
L’insouciance de l’enfance se désintéresse de ça, on a juste envie d’exister. Et je crois
que l’adulte qui est en nous a tendance à oublier l’esprit naturel de ce que nous
sommes, juste des êtres humains qui devons rêver.
3/ En fait, cet album te permet de faire une mise au point. Tes propos n’engagent
que toi mais ils s’adressent complètement aux autres.
Complètement, parce que l’individu c’est nous. C’est un message très simple. Je n’ai
pas envie de faire vivre des réflexions que je n’ai pas envie d’assumer pleinement seul.
Effectivement, on a le meilleur reflet de soi quand on propage une réflexion à l’autre.
Je ne veux pas que l’autre souffre et je ne veux pas indirectement souffrir non plus. Je
m’intéresse à l’autre en m’intéressant à moi en passant.
4/ Tu dis « Dans l’incendie de la vie, je ne suis qu’une étincelle ».
Effectivement, je pense qu’il y a un compteur au dessus de nos têtes et
malheureusement, jusqu’à preuve du contraire, on ne sait pas quand le notre s’arrête.
On a un peu l’impression que la vie est un incendie qui s’allume à la naissance.
Certains ont la possibilité de voir l’incendie le plus loin possible. En fait, on n’est que la
petite étincelle. J’essaie de faire en sorte que mon étincelle vive le plus longtemps
possible.
5/ Tu rebondis beaucoup sur l’actualité et il y a des thèmes qui se répondent, des
chansons qui se répondent d’album en album.
Oui, parce qu’entre le premier et le dernier, pratiquement cinq ans se sont passés.
L’actualité évolue de jour en jour. Je pense qu’avec le temps on peut répondre à des
questionnements qu’on avait quelques années plus tôt. Les problèmes de société sont
vitaux pour moi parce que c’est là qu’on vit. On vit avec les problématiques de ce
monde. On les digère, on les accepte, on les réfute. C’est indispensable pour prendre
conscience de son époque.
6/ Qu’est-ce qui te choque aujourd’hui encore ?
C’est toujours la même problématique. Je crois que c’est la bêtise dans son
ensemble. La bêtise s’adapte à tout un chacun, je pense qu’on en a tous un petit peu.
Peut être que certains en ont plus ou moins que d’autres… Je pense que la société
développe des fléaux de bêtise. Je pense tout de suite à l’intolérance, au racisme, à la
difficulté à pouvoir être soi même. Plus généralement, je dirais que c’est le problème
d’ambivalence entre l’être et le paraitre. On essaie trop de se rapprocher d’un paraitre
plutôt que d’assumer pleinement son être.
7/ Justement en parlant de paraitre et de gloire éphémère, il y a une chanson sur
cet album qui est ô combien précise. Qu’est-ce qui t’a interpellé pour faire « Star
minute » ?
C’est surtout le côté décalé qui m’intéressait. Je me suis posé la question si
aujourd’hui, quelqu’un comme Brassens vivait à cette époque, comment aurait-il traité
une thématique comme celle là. J’ai pris beaucoup de plaisir à faire mon petit
Brassens en reprenant cette thématique. C’est un peu cynique, ce n’est pas méchant
outre mesure. Ce n’est pas dans l’esprit de dramatiser le rêve de certains jeunes
chanteurs en herbe. C’est surtout sur le côté opportuniste de ce genre de démarche.
On n’apprend pas à être artiste. Il n’y a pas d’école. On n’apprend pas à respirer. Je
ne vais pas dire que ce sont des choses innées et figées mais elles se font au fil du
temps. On développe en nous des facilités. Un artiste développe sa facilité
naturellement. Il trouve son univers, son cadre. Je crois qu’il n’y a pas un professeur
pour ça. Quand je regarde ce genre d’émission, ça me fait un peu sourire. En même
temps, je suis un peu déçu qu’on puisse monter une telle mascarade. Je trouve que
« Star Minute » est le reflet d’une société en manque de starification, d’existence, de
paraitre, un manque de fond, de rêves, d’idéaux. Je crois que c’est dangereux de faire
croire que le rêve se limite à du paraitre et à l’image. Je pense qu’à un moment
donné, un artiste, qu’il soit dans la chanson ou dans n’importe quel univers artistique,
se doit d’être non pas le reflet, il y aurait un coté vaniteux, mais le tampon d’une
société à un instant t. Je n’ai pas envie de croire que le monde dans lequel je vis
s’attache tout particulièrement à ce genre de procédé de mascarade.
8/ Après trois albums, comment tu analyses ton parcours ? Tu as toujours
revendiqué un esprit de liberté et d’indépendance ?
Je crois que le meilleur moyen de l’analyser est de ne pas l’analyser. J’essaie de
regarder plus devant que derrière. J’arrive vers l’âge du Christ, j’ai 33 ans
aujourd’hui… A un moment donné, on commence à regarder un peu dans le rétro.
Mais ce que j’y vois ne me déplait pas donc je me focalise sur l’avant. Je ne
m’intéresse pas plus que ça à mon parcours. La vie se dessine au fil des pas.
9/ Est-ce que tu as eu la sensation, au moment de faire le premier album, d’une
concordance d’environnements, quelque chose qui a fait que tu pouvais t’exprimer ?
Bien sûr. Tout le monde peut être artiste en soi, avoir un talent, développer cette
petite chose, cette fibre là. Après, il y a une sorte de magie, de symbiose qui répond à
tout un écosystème et à différentes problématiques. A un moment donné, on a un
problème bien stratégique, celui d’une population entière en décalage avec la réalité.
On voit aujourd’hui, trois albums plus tard, cinq ans plus tard, qu’il y a un vrai
problème existentiel de la part de toutes les formes de minorité qui peuvent exister
dans ce pays. Je crois qu’il y a cinq ans, il était temps de commencer à en parler.
Aujourd’hui on est clairement dans la problématique. Je ne vais pas dire que je jouis
de cet espace de problème, mais certainement un peu, j’en a tout à fait conscience.
Après, il faut apporter une cohérence entre la réalité de nos problématiques et les
attentes d’une nation, avec ses communauté et ses minorités. Et-ce que je le fais bien
ou pas, ce n’est pas mon problème. Je ne suis pas là pour faire de la politique mais
pour dire ce que je pense à un instant t. En espérant que l’offre et la demande se
rejoigne pour un problème qui peut être une autre forme de crise.
10/ On a l’impression que tu es toujours à la recherche de l’équilibre, une sorte de
frontière ? Il y a l’espoir et le désespoir, on en revient toujours à cette alternance.
Et tu cherches vraiment à être de plus en plus précis.
Ça s’affine au fil du temps. L’espace d’équilibre se restreint. Plus on avance et plus on
est sur la tangente. On a de moins en moins de stabilité. Plus on avance et moins on
est stable sur l’objectivité de la notion de l’équilibre. C’est dangereux de se chercher
aussi précisément. Plus on se cherche et plus on accepte la chute potentielle. Je crois
que dès le départ, quand on se lance dans ce genre de métier, on accepte la chute.
La chute ne me fait pas plus peur que ça.
11/ Tu fais de plus en plus référence au patrimoine littéraire. On a eu le droit a Du
Bellay. Là on est quasiment sur les fables de La Fontaine, on est peut être même
du côté de Rabelais ?
Effectivement, je suis fan d’une période malheureusement révolue, la période de
l’artiste, du poète, des auteurs. C’est assez paradoxal parce qu’ils avaient des espaces
de liberté moindres qu’à notre époque mais ils avaient plus de volonté à faire passer
des idées. Je crois même pour être objectif qu’ils avaient plus de talent, alors qu’ils
étaient face à une société monarchique, encore plus dangereuse qu’aujourd’hui.
Aujourd’hui nous sommes en démocratie, on devrait gagner en espace de liberté.
Avec tout ce qu’on a comme média, j’ai l’impression que se paraphrase de plus en
plus. On en arrive à une pensée commune qui est une pensée assez vide, lisse. Je
suis amateur de goût donc je défends les valeurs là où elles sont. Et si elles ne sont
plus à notre époque, j’en suis le premier désolé. Je préfère aller puiser là ou il y a une
réelle richesse.
12/ « A quoi ça rime » est pratiquement un rap !
Oui, je crois qu’on met trop de barrières entre les univers. La musique n’est pas une
multitude d’univers et de galaxies différents. On a des planètes différentes mais on vit
tous dans la même galaxie. La pop est une planète à part entière, le rap, le rock,
même la techno. Tout est potentiellement de la musique. Le grand univers s’appelle
« La musique ». Au sein d’un même album, j’ai pour envie et objectif de faire découvrir
à celui qui écoute le premier titre le dernier titre, qui est mi rap mi slam, dans un
univers un peu spécial. Mais je crois que c’est important de voyager dans un album.
13/ Et en même temps, chez toi, il y a toujours un début et une fin. Il faut qu’il y
ait une histoire dans l’histoire.
Complètement. C’est une thématique qui se définit dès le départ. Le premier album
était un questionnement idéologique. Je pose le premier jalon de mon univers, qui est
le rêve ou la vie, cette alternative dramatique. Si on est dans la vie sans le rêve, on
est déjà dans la mort, c’est assez dramatique. Il y a malgré tout une grande envie de
rêver. « L’ange de mon démon » poursuit cette analyse et c’est vraiment la clôture de
ces deux premiers albums. A l’intérieur de chaque album, il faut qu’il y ait une
cohérence dans les problématiques défendues. Il faut qu’il y ait une synthèse globale
dans chaque album. Le troisième album est l’esprit de la fraternité. C’est un album
d’acceptation de soi, qui passe forcément par l’acceptation des autres. Ce troisième
album raconte sa petite histoire mais conclut aussi l’histoire des deux premiers.
14/ Il parait que tu es très pointilleux. Il faut que tout soit très juste… ça va
jusqu’où ?
Ça va jusqu’à temps que ça soit bien. La limite est là. On a deux manières de travailler
dans ce métier là. Il y a ceux qui ont le don. Et ceux qui ont le temps. Moi je n’ai pas le
don, donc j’ai le temps.
15/ La créativité est aussi synonyme de souffrance pour toi ? Tu avais des
migraines chroniques. Est-ce que ça s’arrange au fur et à mesure ?
Disons que la psychanalyse est quelque chose qui coute très cher. Au fur et à
mesure, plus on paye et plus on a l’impression d’être guéri. Mais on est encore dans
le fictif. Malheureusement, comme la définition de « chronique », c’est récurrent. Je
pense que ça ira mieux quand on sera tous des petits bisounours sur une planète
joliment rose. Je vais encore avoir mal à la tête je pense !
16/ Merci Ridan,
Je t’en prie.
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