RETRANSCRIPTION ECRITE DE L’INTERVIEW DE AMADOU & MARIAM
0/Bonjour Amadou et Mariam.
Bonjour.
1/ Votre nouveau disque s’appelle « Welcome to Mali ». Est-ce une
invitation à venir visiter votre pays ?
Mariam - Oui, c’est une invitation à visiter le Mali. Les Maliens sont très
accueillants. On invite tout le monde à venir au Mali pour voir ce qui s’y
passe.
Amadou - Oui, parce que le Mali est un pays à visiter, de par sa culture, sa
civilisation, sa géographie, l’accueil des Maliens… Il y a plein de bonnes
choses à voir au Mali.
2/ Il y a de plus en plus d’invités sur vos disques. Il y en a beaucoup sur
ce nouvel album. Est-ce que c’est parce que de plus en plus de gens
s’intéressent à vous ou parce que vous êtes de plus en plus ouverts aux
autres ?
Amadou - Je pense qu’on est très ouverts. On voyage beaucoup, on a des
facilités pour rencontrer des gens. De par notre ouverture, nous voulons
du mélange. Nous aimons bien les mélanges et les gens s’intéressent à
notre musique. Les deux se conjuguent. C’est ce qui fait qu’il y a beaucoup
d’invités sur nos albums.
Mariam - Oui, c’est les deux. Beaucoup de gens veulent chanter avec nous
mais nous aussi on veut chanter avec beaucoup de gens, d’ethnies,
d’horizons, de pays…
3/ L’album est ouvert par « Sabali », qui est un titre très spectaculaire
avec beaucoup d’électronique, réalisé avec Damon Albarn. C’est vous qui
lui avez dit de vous emmener aussi loin de ce que vous faites
d’habitude ?
Amadou - On a rencontré Damon en l’invitant sur un morceau qui s’appelle
« Ce n’est pas bon ». Il a fait les claviers. Il a aussi trouvé que ça serait
génial qu’il y mette du sien.
Mariam - Il a amené sa musique. J’ai composé la chanson « Sabali » sur sa
musique et ça lui a plu. On l’a mise sur l’album. Les gens nous ont dit que
ça leur plaisait.
Amadou - Nous aussi, ça nous a fait énormément plaisir parce que nous
voulons ce genre de changement, ce genre de musique. Dans chaque
album, nous voulons faire une différence du point de vue couleur.
4/ Damon Albarn, qui est anglais, dit depuis des années qu’il aime la
musique du Mali. Entre nous, est-ce qu’il connait bien la musique de
Mali ?
Mariam — Oui, Damon Albarn connait très bien la musique du Mali. Il a été
plusieurs fois au Mali. Il a aussi travaillé avec des Maliens, donc il connait
très bien le Mali.
Amadou — Il est allé à de nombreuses reprises au Mali. Il a travaillé avec
des musiciens comme Afel Bocoum et d’autres. Il aime bien la musique
malienne et chaque fois qu’il en a l’occasion, il trouve des cassettes et
écoute de la musique malienne. Il va à des concerts. A ce stade, il connait
bien la musique malienne.
5/ Vous pouvez nous raconter comment s’est passée la rencontre avec
Keziah Jones ?
Mariam — On a rencontré Keziah Jones à Nioc. On était allé rendre
hommage à Fila. On a fait de la musique ensemble et ça lui a plu. On l’a
invité au Mali pour le festival Paris Bamako et il est venu le faire avec nous.
Sa voix nous plait beaucoup. On l’a invité dans notre album et il est venu sur
« Unissons-nous », il a chanté avec moi. Sa voix nous plait beaucoup.
Amadou — Il est du Nigéria, il connait bien l’afrobeat et il a aussi fait de la
guitare. En tant que guitariste on l’aime bien. On avait déjà écouté de la
musique avant. On a un bon feeling.
6/ Il y a un Français sur cet album, c’est M. Comment s’est faite la
rencontre avec M ?
Mariam - On a rencontré M en 1997. On a voyagé avec lui, c’est le
premier qui nous a rapprochés. Il a fait plein de choses avec nous. A
l’époque, Polygram organisait les voyages et on est allé ensemble à
Londres. Il s’est occupé de nous. Et sa voix nous a beaucoup plu. On l’a
donc invité sur l’album Wati. Il est venu jouer de la guitare avec Amadou.
Cette année, on l’a invité et il est venu chanter. Il est sympa. Il fait du rock
aussi, comme nous. C’est un bon mélange.
Amadou - C’est un bon guitariste. Il aime bien le blues. Il aime bien Jimmy
Hendrix. On a fait des choses en Angleterre ensemble. Un courant d’amitié
s’est tissé entre nous. J’aime bien ce qu’il fait à la guitare, et il aime bien
ce que nous faisons. On a fait de bonnes choses ensemble.
7/ Justement, Keziah Jones et M sont tous les deux des guitaristes.
Quand vous vous rencontrez, est-ce que vous échangez des plans de
guitare ?
Amadou - On est très pratiques. Quand on se rencontre, on prend les
guitares. Je fais une partie de solo, M me répond. On se partage des
plages comme ça. Sur certains morceaux, comme « Je pense à toi », je
laisse le temps à M de faire un solo. On s’estime et on s’aime bien en tant
que guitaristes. On a le même feeling.
8/ Sur votre album, il y a cet album contre la démagogie et la dictature,
qui s’appelle « Ce n’est pas bon ». Comment cette chanson a-t-elle été
reçue au Mali et en Afrique ?
Mariam - L’album n’est pas sorti au Mali mais je crois que cette chanson
sera la bienvenue.
Amadou - Ce n’est pas qu’au Mali. C’est un discours qui dit ce qu’est la
démagogie et la dictature, ça concerne beaucoup de pays. Partout où il y a
des politiciens il y a ces mots là. Au Mali, les gens seront contents. Même
les politiciens disent ne pas aimer la démagogie. Ils disent qu’ils sont là
pour le peuple. C’est un morceau pour tout le monde. Les gens qui se
reconnaitront pourront trouver des solutions pour faire le bonheur des
peuples.
9/ Votre album précédent « Dimanche à Bamako » a été un énorme
succès international et un très gros succès en France. Est-ce que ça
vous a un peu intimidés au moment de travailler sur cet album ?
Mariam - Non, ça nous a encouragés pour travailler et faire cet album
« Welcome to Mali ».
Amadou - Ça nous a réconfortés puisqu’on jouait notre musique mais elle
n’était pas connue de beaucoup de monde. Avec « Dimanche à Bamako »,
le plus grand nombre de gens ont pu écouter notre musique et nous voir
sur scène. Partant de cela, on s’est dit qu’on était sur le bon chemin. Ça
nous a donné le courage d’aller de l’avant, de faire un autre album qui
puisse confirmer notre musique et dire que la musique est universelle. Je
pense que « Welcome to Mali », comme son nom l’indique, montre que la
musique est très variée. Ça parle du Mali et d’un peu partout. Ça nous a
encouragés à faire des rencontres, à jouer avec beaucoup de gens et à
être nous même. On rêvait de sonorités, de styles, depuis qu’on était
jeunes. Cette fois ci, on a eu l’occasion de faire du rock et c’était bien.
10/ D’où vient cette énergie positive qui fait que vous continuez à
chanter l’amour après toutes ces années.
Mariam - On s’aime beaucoup, on est amoureux donc on veut partager cet
amour avec tout le monde.
Amadou - On se fait plaisir en chantant des chansons d’amour. On expose
nos problèmes aussi. Au-delà de cela, les autres aussi en profitent. On
essaie de partager ces moments avec tout le monde pour dire qu’il est
possible qu’on puisse s’aimer, qu’il y ait de l’amour sur cette terre. On
donne de l’espoir aux gens, on essaie de faire en sorte que la vie soit belle.
On essaie de partager ces moments là avec le public, ceux qui nous
écoutent et ceux qui viennent nous voir. Je pense que l’amour est
important dans la vie.
11/ Vous avez fait pas mal de tournées en France. Vous allez
recommencer une tournée française. Vous avez l’impression que le
public est très différent à Paris et en province ?
Mariam - Oui, c’est un peu différent. On a beaucoup d’amis à Paris alors
qu’en province on ne connait pas beaucoup de monde. Quand on fait des
concerts ici, on invite les amis, la famille. Mais les gens sont aussi sympas.
Ils applaudissent, ils chantent avec nous. C’est l’essentiel.
Amadou - En province les gens nous aiment bien parce que notre succès
est venu des Transmusicales de Rennes. Je pense que nous devons notre
succès au public français. Ce qui fait la différence, c’est qu’on a commencé
à Paris donc on a beaucoup d’amis. Avant d’en arriver à ce stade, on a
joué dans de petits endroits. C’est plus intime quand on joue à Paris. On dit
« bonjour » à untel, « bonsoir » à unetelle… C’est comme jouer pour la
famille quand on joue à Paris. Mais les gens nous aiment partout en
France, et surtout en Bretagne.
12/ Le public breton est particulier ?
Mariam - Oui, on a commencé à avoir du succès là-bas. On ne peut pas les
oublier.
Amadou - En Bretagne, ils aiment bien notre musique. Pendant les
Transmusicales de Rennes, on a joué le morceau au moins trois ou quatre
fois. Le public nous a beaucoup soutenus. On a fait beaucoup de festivals
en Bretagne et on a été toujours soutenus. Notre succès a commencé en
Bretagne donc on ne peut pas les oublier.
13/ Merci beaucoup Amadou et Mariam.
Merci. A la prochaine. Joyeux Noël à tout le monde. Gros Bisous à tout le
monde.