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Parution Non renseignéISBN 9999999410Format PDFAutres formats Voir ongletProtection Adobe DRMExtension .ascmLangue Copyright Sous droits Windows, Mac OS XBesoin d'info sur les livres ?
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Emportée par l'ivresse de ses rêves, Emma vit les choses et les êtres à son corps défendant. En épousant Charles Bovary, elle espérait une vie brillante et romantique. Mais elle devient la femme d'un vulgaire officier de santé, incapable et passif. Étouffant dans le confort insupportablement plat de son ménage, Emma s'exile dans le libertinage. Mais ainsi dédoublée, c'est elle-même qu'elle trompe. Récit d'un mal-vivre propre à la fin du XIXe siècle, Madame Bovary est l'incarnation triste de la désillusion. Luttant contre ses propres penchants, Flaubert réussit à opérer une parfaite distanciation, se libérant du lyrisme excessif qui l'asphyxiait. Passant ainsi du romantisme au naturalisme, il sera l'initiateur de ce que Zola considère comme une véritable « révolution littéraire ».
VII
Elle
songeait quelquefois que c'étaient là pourtant les plus beaux jours de sa vie,
la lune de miel comme on disait. Pour en goûter la douceur, il eût fallu, sans
doute, s'en aller vers ces pays à noms sonores où les lendemains de mariage
ont de plus suaves paresses ! Dans des chaises de poste, sous des stores de
soie bleue, on monte au pas des routes escarpées, écoutant la chanson du
postillon, qui se répète dans la montagne avec les clochettes des chèvres et
le bruit sourd de la cascade. Quand le soleil se couche, on respire au bord des
golfes le parfum des citronniers ; puis, le soir, sur la terrasse des
villas, seuls et les doigts confondus, on regarde les étoiles en faisant des
projets. Il lui semblait que certains lieux sur la terre devaient produire du
bonheur, comme une plante particulière au sol et qui pousse mal tout autre
part. Que ne pouvait-elle s'accouder sur le balcon des chalets suisses ou
enfermer sa tristesse dans un cottage écossais, avec un mari vêtu d'un habit
de velours noir à longues basques, et qui porte des bottes molles, un chapeau
pointu et des manchettes !
Peut-être
aurait-elle souhaité faire à quelqu'un la confidence de toutes ces choses.
Mais comment dire un insaisissable malaise, qui change d'aspect comme les
nuées, qui tourbillonne comme le vent ? Les mots lui manquaient donc,
l'occasion, la hardiesse.
Si
Charles l'avait voulu cependant, s'il s'en fût douté, si son regard, une seule
fois, fût venu à la rencontre de sa pensée, il lui semblait qu'une abondance
subite se serait détachée de son coeur, comme tombe la récolte d'un espalier
quand on y porte la main. Mais, à mesure que se serrait davantage l'intimité
de leur vie, un détachement intérieur se faisait qui la déliait de lui.
La
conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de
tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire, sans exciter
d'émotion, de rire ou de rêverie. Il n'avait jamais été curieux, disait-il,
pendant qu'il habitait Rouen, d'aller voir au théâtre les acteurs de Paris. Il
ne savait ni nager, ni faire des armes, ni tirer le pistolet, et il ne put, un
jour, lui expliquer un terme d'équitation qu'elle avait rencontré dans un
roman.
Un
homme, au contraire, ne devait-il pas tout connaître, exceller en des
activités multiples, vous initier aux énergies de la passion, aux raffinements
de la vie, à tous les mystères ? Mais il n'enseignait rien, celui-là, ne
savait rien, ne souhaitait rien. Il la croyait heureuse ; et elle lui en
voulait de ce calme si bien assis, de cette pesanteur sereine, du bonheur même
qu'elle lui donnait.