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Parution Non renseignéISBN 9999999142Format PDFAutres formats EPUB, EPUBProtection Adobe DRMExtension .ascmLangue Copyright Sous droits Windows, Mac OS XBesoin d'info sur les livres ?
Description
Extrait
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Arnolphe a recueilli Agnès avec l'idée de l'épouser. Vieux célibataire craignant l'infidélité des femmes, il l'a élevée dans la plus parfaite ignorance des choses de la vie. Lui ayant confié avec autorité Les Maximes du mariage, il exige d'elle, en sa qualité de tuteur et de futur époux, « seigneur et maître », docilité, obéissance et humilité. Mais comment attendre une soumission absolue d'un coeur innocent déjà conquis par les déclarations du bel Horace, qui s'est introduit dans la maison ? Devenu sur un malentendu le confident du jeune homme, Arnolphe endure en silence les pires tourments amoureux, mais finit par céder. Molière s'est attaqué à une institution sacrée en confrontant pouvoir et innocence au sein du mariage. Vivement critiquée, la pièce sut cependant attirer les « rieurs » de son côté.
ARNOLPHE,
assis.Agnès,
pour m'écouter, laissez là votre ouvrage.Levez
un peu la tête et tournez le visage :Là,
regardez-moi là durant cet entretien,Et
jusqu'au moindre mot imprimez-le-vous bien.Je
vous épouse, Agnès ; et cent fois la journéeVous
devez bénir l'heur de votre destinée,Contempler
la bassesse où vous avez été,Et
dans le même temps admirer ma bonté,Qui
de ce vil état de pauvre villageoiseVous
fait monter au rang d'honorable bourgeoiseEt
jouir de la couche et des embrassementsD'un
homme qui fuyait tous ces engagements,Et
dont à vingt partis, fort capables de plaire,Le
coeur a refusé l'honneur qu'il vous veut faire.Vous
devez toujours, dis-je, avoir devant les yeuxLe
peu que vous étiez sans ce noeud glorieux,Afin
que cet objet d'autant mieux vous instruiseÀ
mériter l'état où je vous aurai mise,À
toujours vous connaître, et faire qu'à jamaisJe
puisse me louer de l'acte que je fais.
Le
mariage, Agnès, n'est pas un badinage :
À
d'austères devoirs le rang de femme engage,Et
vous n'y montez pas, à ce que je prétends,Pour
être libertine et prendre du bon temps.Votre
sexe n'est là que pour la dépendance :Du
côté de la barbe est la toute-puissance.Bien
qu'on soit deux moitiés de la société,Ces
deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité :L'une
est moitié suprême et l'autre subalterne ;L'une
en tout est soumise à l'autre qui gouverne ;Et
ce que le soldat, dans son devoir instruit,Montre
d'obéissance au chef qui le conduit,Le
valet à son maître, un enfant à son père,À
son supérieur le moindre petit Frère,N'approche
point encor de la docilité,Et
de l'obéissance, et de l'humilité,Et
du profond respect où la femme doit êtrePour
son mari, son chef, son seigneur et son maître.Lorsqu'il
jette sur elle un regard sérieux,Son
devoir aussitôt est de baisser les yeux,Et
de n'oser jamais le regarder en faceQue
quand d'un doux regard il lui veut faire grâce.C'est
ce qu'entendent mal les femmes d'aujourd'hui ;Mais
ne vous gâtez pas sur l'exemple d'autrui.Gardez-vous
d'imiter ces coquettes vilainesDont
par toute la ville on chante les fredaines,Et
de vous laisser prendre aux assauts du malin,C'est-à-dire
d'ouïr aucun jeune blondin.Songez
qu'en vous faisant moitié de ma personne,C'est
mon honneur, Agnès, que je vous abandonne ;Que
cet honneur est tendre et se blesse de peu ;Que
sur un tel sujet il ne faut point de jeu ;Et
qu'il est aux enfers des chaudières bouillantesOù
l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes.